What It Is Like to Go to War – Karl Marlantes

telechargementDois-je faire le deuil de mon amour pour la fiction ? Comme le dit si bien Dan Carlin : «…après avoir lu la vie d’Alexandre de Macédoine, le livre de fiction m’apparaît bien pâle…» Mes trois dernières lectures furent à caractère biographique, j’ai une grave réticence à retourner vers le roman de fiction.  Pourtant, la fiction n’est-elle pas ma lecture de prédilection ?  N’est-elle pas ma quête, mon Graal ? Il semble que mes convictions soient chancelantes sous les assauts de ces lectures historiques. De ces vies déchirées, emportées par des raz-de-marée événementielles. De ces personnages qui traversent le temps pour nous raconter les tribulations de leur époque.

La guerre du Vietnam, dans ma jeunesse, était la dernière guerre américaine. Elle apparaissait à nos esprits comme étant un mythe qui sort tout droit de notre imaginaire, une épopée, une saga.  Celle des américains qui veulent sauver le monde de la bête noire communiste.  Certes, la vision de cette guerre pour un jeune garçon des années 80, nourri par une machine de propagande, fut totalement contrôlé de manière diaboliquement calculée. Puisque la guerre du Vietnam, c’est à travers un répertoire cinématographique qu’elle m’a été enseigné. Je ne suis pourtant pas le seul dans cette situation fabriquée de toute pièce, on pourrait se croire dans un roman de science-fiction. Mais comble de tristesse, notre lobotomie est bien trop réelle. Cependant, il semblerait que ce ne sont pas tous les américains qui soient dupes, si je peux en croire les témoignages incluant celui du livre que je vous présente aujourd’hui, plusieurs sont profondément bouleversé de déception et de honte.  Cette guerre (ce crime) représente une grande déchirure d’opinion, une faille dans la carapace américaine.

Hélas, que savons-nous vraiment de ce conflit ?  Les motivations réelles des belligérants, les manipulations politiques de parts et d’autres, le véritable enjeux ? La machine hollywoodienne a permis à quelques cinéastes d’approfondir certaines questions qui me semble complètement détourné du véritable sujet.  Comme si une fenêtre s’ouvrait mais sans jamais nous laisser admirer l’ensemble du paysage.  Certains affirmeront que cela n’en est pas l’objectif, c’est de nous instruire sur les conséquences de cette guerre sur les effets psychologiques qu’ont subi les soldats américains.  Ce qui nous reconduit vers les documentaires (john Pilger), les sites d’informations tel que wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_du_golfe_du_Tonkin) ou encore, l’oeuvre biographique.

Karl Marlantes nous présente une oeuvre, pas entièrement dénuée de portée politique, mais qui ne cerne pas les véritables raisons de la guerre du Vietnam. Il nous raconte plutôt son histoire personnelle, pas tant sur le terrain, lors de son séjour au Vietnam, mais plus souvent à propos de son cheminement vers sa victoire sur le suicide et la dépression.  Ce livre est sa propre thérapie, son combat, publié 40 ans après son retour. Atteint de stress post-traumatique, il raconte non seulement, les étapes marquantes de sa vie de soldat, mais également ce qui pourrait aider les présents et futurs soldats à se prémunir contre ses troubles.  La guerre est une sale besogne et il tente de démontrer qu’une fois la décision prise par une société de la faire, qu’il est primordial de bien encadrer spirituellement la jeunesse qui y sera envoyé, avant et après leur retour.

Il intervient toutefois sur le fait qu’un guerrier n’est pas un agresseur mais plutôt quelqu’un qui se doit de prendre les armes pour intervenir contre une telle agression. Ainsi, par cette affirmation, il nous est possible de croire qu’il remette en question les décisions de son gouvernement. Ce qui nous laisse présagé que son combat n’est pas encore terminé et qu’il ne se terminera probablement jamais.  Le chevalier blanc, l’Amérique, raison pour laquelle semble-t-il qu’il ait pris part à ce terrible conflit, cette Amérique qui se devait d’être le phare de la démocratie et emmener les sociétés errantes vers le droit chemin.

Karl Marlantes nous raconte ses doutes, ses craintes et son perpétuel cauchemar, qui le laissera entre la vie et la mort pendant la majeure partie de sa vie. On ne peut pas écrire un livre sans avoir lu beaucoup de livre préalablement, ce qu’il a fait.  De plus, il a fait beaucoup de recherches sur le plan spirituel, et le plus important, il a vécu une vie bouleversante.  Une phrase marquante du livre est celle qui relate le retour des soldats et qui doivent se réinsérer dans la société civile. « C’est à son retour à la maison que le véritable combat commence pour le soldat et sa famille.» La plupart sont victime d’un état de stress post-traumatique. 150 000 soldats se seraient donné la mort, plus que le nombre de morts au combat, 58 220.

Ce sont réellement les femmes qui jouèrent le plus grand rôle dans sa réinsertion.  Ce sont les femmes qui l’ont ramené de ce monde de violence qui n’a absolument rien à voir avec celui de la vie de tous les jours.  Ce sont les femmes qui par leur tendresse, par leur présence, par leur acceptation, qui ont su être de véritables guérisseuses pour nettoyer les plaies saillantes de son âme. Il approche ce sujet d’une façon admirable.  Il fait le lien entre les dieux des anciennes croyances et les divers aspects de la vie.  Le temple de mars (dieu de la guerre), celui qui se présente sur le champ de bataille y pénètre. Mais, il y a aussi le temple de la déesse mère, de la beauté, de l’amour, de la sagesse. Il est primordial de se comporter avec respect lorsque l’on pénètre le temple d’un de ces divinités. Tous nous devons le faire lors des diverses étapes de nos vies.

Autre sujet qu’il aborde sont les rites de passages dans notre société.  Ces cérémonies naturelles ou autres qui font passer l’enfant dans le monde des adultes.  Un accouchement est un rite naturelle qui fait pénétrer les femmes dans le temple de Junon de manière singulièrement abrupte et douloureuse.  La douleur est-elle impérative à ce passage ? L’accès au temple de mars n’est-il pas pavé de souffrance autant morale que physique? Est-il nécessaire de souffrir pour devenir adulte ? Si, nous contemplons nos propres expériences de la vie, ce sont les rejets amoureux, les relations conflictuels avec nos proches, les refus sociaux, la mort d’une personne qui nous est chère. Ce sont ces blessures morales qui nous permettent de faire le transfert de la jeunesse vers l’âge adulte ?   Personnellement, je dois admettre  que j’apprends encore à tous les jours ce que le rôle d’un adulte représente depuis mon passage à l’état de paternité.  Le poids sur ma conscience d’être le bienfaiteur de petits êtres humains, si fragiles, si sensibles. Je puis voir dans leurs yeux toute la souffrance qu’ils devront subir pour qu’ils atteignent eux-même cet état mental intense de responsabilités, ce cheminement qui fut le nôtre. Si loin, pourtant, d’un adolescent qui se lance tête baissée dans le temple de Mars et qui reviendra chez lui, mutilé, physiquement ou moralement.

Bien que je comprenne que le but du livre était autre qu’une dissertation sur le pourquoi et le comment de la guerre du Vietnam. Et, qu’il est mention des victimes dans les deux camps.  Est-il possible d’omettre la responsabilité américaine des millions de victimes vietnamiennes, des centaines de milliers de réfugiés qui fuirent les horreurs ?  Sans parler de la contagion à plusieurs pays environnants. Non, Karl Marlantes a tenté de nous faire comprendre les pensées d’un individu lorsqu’il se retrouve face à la guerre et la marque au fer forgé que celle-ci ne manquera pas d’inscrire sur votre chair. Nous avons l’impression que tout simplement survivre à sa tourmente psychologique fut un effort surhumain et que, quelque part, enfoui en lui, il voudrait toujours percevoir cette guerre comme étant une juste cause et qu’il fallait que la plus imposante organisation sur terre y prenne part pour rendre notre monde plus sécurisé. Je pourrais affirmer qu’il a réussi à nous entrouvrir la porte du club peu enviable des vétérans de guerre, seulement le temps d’une lecture.

 

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In Stahlgewittern (Orages d’acier) – Ernst Jünger

Begleitbuch_zu_In_StahlgewittenLa guerre pour en finir avec les guerres.  Mon périple à travers les écrits qui nous proviennent de gens qui ont vécu à cette turbulente époque se poursuit. Ce que je croyais connaître sur ce conflit est fort pâle en comparaison aux flots de renseignements que j’ai récolté à travers deux livres et une série de balado-diffusions qui dura 24 heures. C’est un cours d’histoire en accéléré que je subis.  Je dois dire qu’il y a une recrudescence ces derniers temps pour la popularité de la première guerre mondiale.  Et bien, tant mieux, puisque cette guerre qui débuta il y a plus de cent ans, ne dois jamais tomber dans l’oubli.  Les historiens doivent se faire un honneur de la faire connaître à toutes les générations à venir.  Elle, autant que toutes les autres atrocités que l’humanité est coupable. Nous devons bien cela à ses millions de morts !

Génétiquement, est-il possible qu’il existe des hommes créer uniquement dans le but de faire la guerre ? Ou bien, est-elle enfoui quelque part dans tous les hommes ?  N’y-a-t’il pas un seul être humain qui soit épargné par la gamme d’émotions qui nous conduit directement à avoir un conflit avec autrui ? Voici quelques questions qui furent omniprésentes à mon esprit lors de la lecture d’Orages d’acier. Ce n’est pas tant les pensées de l’auteur, témoin et acteur de cette catastrophe historique, que mes propres sentiments vis à vis la guerre qui m’inspire ces horribles idées.  Ernst Jünger, ainsi que la plupart de ses compatriotes, entre dans la guerre avec un sentiment d’extrême aventure.  Comme s’il s’apprêtait à vivre une fabuleuse odyssée initiatique.  Tout comme lui, le lecteur comprendra rapidement, qu’il va la vivre son aventure mais pas sur le même ton que lui suggérait son imagination puéril.

Pour ma part, je puis dire sans craindre de me tromper, que mon attirance pour la guerre pris racine dès mon enfance. Les ouvrages qui portent sur la guerre sont pour moi passionnants, cela n’est pas une surprise.  Car, lorsque mes frères s’amusaient avec des pistes de course, je construisais des forts et des défenses pour y déployer militairement mes petits soldats de plastiques. Pendant que mes frères construisaient des maquettes de villes prodigieuses, je courrais dans le voisinage à la recherche d’un endroit idéal pour tendre une embuscade à l’équipe adverse. Pendant que mes frères travaillaient au champ, faute de mon jeune âge, j’aiguisais mes réflexes physiques à divers sports. Le sport n’est-il pas en quelque sorte un moyen pour les hommes de simuler une bataille entre deux groupes d’individus ?  Les jeunes hommes en 1914 croyaient pouvoir prendre part à cette immense bataille qui allait donner gloire et honneur à leur nation. Aurais-je été différent d’eux ?

Ce livre est un témoignage autobiographique d’un homme qui malgré les multiples blessures a survécu à la guerre des tranchées.  Entre, le feu des mitraillettes et les barrages d’artilleries, Ernst Jünger est parvenu a sortir de ce conflit blessé à plusieurs reprises mais toujours vivant.  D’ailleurs, il s’est éteint à l’age de 102 ans en 1998.  Un age plus que vénérable pour un homme qui a vécu près de 4 années de sa vie dans un environnement hostile à toute vie humaine.  Malgré que sa vie était déjà en péril de façon permanente, il va, de son propre gré, augmenter le facteur de risque à un niveau incroyable et cela, à plusieurs reprises.  Lors de ses escapades dans le « no man’s land », la nuit, pour tenter par bravoure, lui et quelques frères d’armes, lors de certaines périodes plus tranquilles de la vie de tranchée, de se procurer un prisonnier français.  Déjà, nous entrevoyons son caractère impétueux et courageux.  Combien d’homme comme lui, une nation doit-elle compter parmi sa population pour assouvir ses désirs de grandeur, pour gagner des guerres ?

Il nous décrit le quotidien de la tranchée, les conditions inhumaines de sa routine. Le moral et la santé mentale ne tenait que par un fil.  Pour ceux qui n’ont pas connu cet enfer, il est impossible de réellement l’imaginer. Mais pourtant, il est clair que notre état d’esprit en souffrirait. Plusieurs passages du livres laissent envisager dans quel environnement ces hommes vécurent pendant des semaines.  L’aspect lugubre du paysage ravagé, l’imminence d’une pluie d’obus ou l’appréhension d’une attaque au gaz toxique. Peut-on devenir insensible à cette situation précaire où nos sens sont toujours en état d’alerte ?  Voici un extrait qui exprime bien l’atmosphère lugubre de l’affaire:

« Les yeux larmoyants, je retourna en trébuchant vers les bois de Vaux, plongeant de cratère en cratère, incapable de voir quoi que ce soit à travers la visière embuée de mon masque à gaz. Dans le caractère inhospitalier de son immensité, la nuit était d’une solitude à faire frémir. Chaque fois que je me butais à une sentinelle ou des troupes qui avaient perdu leur chemin, j’avais l’étrange sensation glaciale de communiquer, non pas avec des humains, mais plutôt avec des démons.  Nous vagabondions tous dans un énorme dépotoir quelque part en dehors des frontières du monde connu. »

L’auteur ne cherchera pas à vous renseigner sur les grands événements de la guerre.  Il n’a pas écrit ce livre dans le but de nous faire un cours d’histoire.  Certes l’ouvrage possède une valeur historique indéniable.  Mais le lecteur ne connaissant pas très bien l’époque n’y trouvera pas les causes et les grandes lignes, ni la chronologie de la guerre.  C’est à travers l’expérience et les yeux d’Ernst Jünger que nous parcourrons ces 4 années morbides.  C’est selon ses émotions que nous vivrons les batailles qui seront toujours incertaines et brouillonnes. Quel est le but réel de l’auteur, autre que de raconter son histoire personnel à travers l’un des pires événements historiques ?  Le livre nous laissera seul avec nos questions, exactement comme pour tout le reste.  Qui pourrait nous répondre clairement sur le sens de la vie ?  Qui pourrait éclairer les chemins obscures que nous devrons parcourir avant la fin ?  Ernst n’a pas la prétention d’avoir les réponses car lui-même réalise le vide de sens qui l’entours, dans sa tranchée.

J’ai tellement aimé ce livre, ce témoignage, une part de moi se sent coupable de cet entichement. Mais est-ce vraiment de la honte ou plutôt la peur du monstre qui réside en moi ?  J’aime à croire ou à espérer que l’humain ne commettra pas les mêmes erreurs.  Mais, nous savons très bien qu’un peu plus de 20 ans plus tard, l’histoire se répéta. La grande guerre changea son nom pour la première guerre mondial et perdit du même coup son surnom de guerre pour en finir avec les guerres !

Portrait of a Turkish Family – Irfan Orga

51C4PG7TNNLPour ceux, si jamais cela se trouve, qui me suivent sur ce blogue, à ce moment-ci, peuvent avoir une certaine interrogation à propos de mon attirance envers la Turquie.  À cela, je ne puis que répondre en toute franchise, perplexe, que je n’y comprends pas grand chose moi-même.  D’ailleurs, je me suis posé personnellement cette question lors de mon voyage en Turquie. Pourquoi la Turquie ? La même question me fut posé par mes amis parisiens.  Il y a tant d’endroits magnifiques pour assouvir son désir de voyage, de découverte.  La seule réponse qui me venait à l’esprit c’était l’instinct.  Celui-ci fut fortement récompensé lorsque nous traversâmes le pont qui chevauche le Bosphore, le pont qui relie l’orient et l’occident.  La frontière où le heurt se fait entre ces deux mondes aux passés distincts, mais qui sont en fait beaucoup plus lié que ce que l’on pourrait croire.  Istanbul, mystérieuse, orientale, surgissait d’un autre monde, Istanbul qui n’avait pas tout à fait renié son passé, Constantinople.

Ce livre nous fut d’ailleurs proposé par une libraire d’Istanbul dans le quartier Sultanahmet. Nous lui avions demandé un livre typiquement turque. Fièrement, enfin je crois, elle nous dirigea prestement vers cet ouvrage, qui selon ces dires, est un classique.  Sans trop posé de question, il finira le voyage dans nos bagages, en route vers l’Amérique.

Pourtant, il n’y a pas de Constantinople dans le « Portrait ».  Absent également, ce désir contradictoire de faire partie du monde occidental, alors que son caractère oriental le réprime. Il n’y a que la souffrance d’une famille turque qui se voit ballottée par le flot des événements qui conduisit l’empire Ottoman vers sa fin inéluctable. Observation intéressante avec ce récit est le manque d’information entre ce qui se passe sur le plan mondial (Première Guerre mondial) et ce que doit affronter quotidiennement la famille.  La dégradation progressive de la qualité de vie, la recherche de nourriture qui s’intensifie et qui devient un combat pour la vie. C’est ainsi que l’on prend conscience, que ceux-ci sont tellement pris par ce combat de survie que tous les événements historiques, qui pour nous sont connus et semblent, selon notre perspective, indissociable de ce que les gens pouvaient vivre à l’époque, semblent irréelles, voir étrangers.  La guerre est abstraite à l’esprit d’un enfant.  Les femmes coupées du monde externe dans une société patriarcale, laissées seules à elles-mêmes pour subvenir à leurs propres survies et à celles de leurs enfants.  La cruauté de la guerre s’insinue dans toutes les couches de la société, dans tous les aspects de la vie. Le gouvernement impuissant et d’une désorganisation totale, dépassé largement par les événements, tourne le dos aux besoins de sa populace.

La Première Guerre mondial qui effaça l’ancien monde géopolitique et qui vit naître un nouvel ordre mondial.  La mort des vieux empires européens, plus particulièrement cette empire, déjà morbide, des Ottomans.  Un empire qui était à l’agonie bien avant que le conflit éclate.  Le vide que laissa celui-ci fit place au Moyen Orient actuel ou, à tous le moins, joua un rôle important dans les événements tragiques qui secoue encore aujourd’hui cette région.  Il semble que le prix n’est pas encore payé pour connaître la paix dans cette région, où la population est otage d’innommables souffrances.

C’est exactement pendant cette guerre affreuse qu’Irfan Orga va vivre le restant de sa jeunesse.  Il va découvrir ce qu’est la faim et tout aussi tragique, la séparation, voir la coupure.  Dans un premier temps avec son père et son oncle, puis ensuite avec sa mère et son foyer.  Pour un enfant de cet âge, les événements qui ont conduit à toutes ces ruptures sont incompréhensibles.  Oui, pendant la guerre, les hommes meurent au combat, mais les enfants connaissent un sort pas plus joyeux, ils perdent tout le peu qu’ils avaient. Et lorsque votre contrée est de la liste des perdantes, le supplice perdure fort longtemps et cela, bien au-delà de la conclusion de cette guerre.

Mais comme la vie est coriace, la plupart meurtris, ils survivent tant bien que mal et formeront la prochaine génération. La Turquie d’Atatürk a un besoin de soldats, d’officiers turques.  Irfan et son frère son rapidement avalé par le nouveau régime, à nouveau séparé de sa famille pour une période de 25 ans, pour devenir un soldat.  L’histoire se répète et je citerai l’auteur pour décrire l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale (p.283) : «… la Pologne est envahie et toutes les lumières du monde s’éteignent à nouveau, une à une …» Génération après génération, ce qui motive le plan divin nous sera à tous et à jamais un mystère. Et voilà, qu’à l’horizon se dessine un nouveau conflit, l’histoire se répète, les gens du commun peuvent désormais, aujourd’hui, apercevoir les contours flous des discordes mondiales qui nous sont cachées sous une belle grosse pile de loisirs oisifs.  Jusqu’au jour, où les hommes seront requis par nos gouvernements, séparer de leurs femmes et enfants, à emprunter malgré eux le chemin de Mars

Abraham Lincoln Vampires Hunter

Abraham-Lincoln-Vampire-HunterIl m’est particulièrement difficile de trouver un fil conducteur pour mon article. Un thème sur lequel je puisse me pencher et me rassasier de mon envie d’écriture. Pourquoi devrais-je discuter de ce roman ?  Il est vrai que je ne savais pas qu’Abraham Lincoln était le président lors de la guerre de sécession.  Ça fait mal de l’avouer, mais ne connaissant pas très bien l’histoire de mon propre pays, ne serait-il pas honteux d’en savoir plus sur les États-Unis d’Amérique.  Comme si cette culture ne nous envahissait déjà pas plus qu’il ne le faut.  Il est vrai que l’éclat éblouissant de notre voisin ternit quelque peu celle de notre contrée.  Mais cela s’arrête là pour mon article, la richesse historique du roman n’est qu’un panneau défilant en arrière plan de l’idée principale.  Abraham Lincoln combat des vampires, bon, c’est rigolo et amusant.

Le texte laisse-t-il à nos dents suffisamment de chair pour y mordre ?  La page blanche ou plutôt le manque d’idée qui m’accable est une réponse significative à cette question, qui en somme est tout à fait légitime étant donné que la lecture d’un texte est un travail en soi et consume une certaine quantité de notre temps. Le temps est précieux et l’âge ne fait que le confirmer atrocement.

Malheureusement pour l’auteur, le thème de mon article me vient de cette situation temporel où le choix de nos lectures est de plus en plus primordial.  Combien de livres me reste-t-il le loisir de lire et d’apprécier avant la fin inéluctable ? Cette question sans réponse est pour certains plus critique que pour d’autres.  Mais n’est-il pas impératif pour nous de lire selon nos intérêts les plus vifs. Mon intérêt était grandement éméché avant même d’avoir commencer la lecture. Le thème des vampires est, depuis La Reine des Damnés, un sujet clos, je garde bien sûr des souvenirs agréables d’œuvres tel que Dracula de Bram Stocker, Salem de Stephen King ou bien Interview with a Vampire d’Anne Rice.  Mais, le thème est désormais dépourvu d’intérêts en ce qui me concerne, complètement assécher.

Reste l’élément historique, l’auteur utilise les étapes de la vie d’Abraham Lincoln comme les bornes des kilomètres d’une autoroute.  Il s’amuse à expliquer les événements importants par des explications parfois fantastiques et autrement par de réelles situations.  Tout cela avec une empreinte gigantesque de la communauté des vampires sur l’histoire des États-Unis d’Amérique.  Ceux-ci étant, bien sûr, au cœur de tous les grands points tournants, dictant la conduite des gouvernements.  Il a tout de même su m’insuffler le vif désir de me renseigner sur deux éléments. La guerre de sécession qui m’avait rebuté depuis mon enfance et cela en grande partie à cause des visionnements répétitifs d’Autant en emporte le vent par certain membre de ma famille.  Ensuite, les événements entourant l’assassinat d’Abraham Lincoln.  Ce sont deux sujets qui sont tout autant passionnant, une guerre qui a façonné le visage des États-Unis actuel et la mort d’un de ces plus célèbres présidents.

Il est de mon avis que pour le choix de mes lectures, un signe dont je ne puis plus ignorer et qui à l’avenir, je devrais porter une attention particulière est la mention New York Times Bestsellers.  Cette étiquette sera pour moi, depuis Abraham Lincoln Vampires Hunter, un agent hautement répulsif.  On pourrait aisément aborder un autre sujet à propos des critiques d’art et de leur impartialité devant un bon chèque de paie suite à un article élogieux. Je ne puis contredire les gens qui pensent que ce livre est un bon divertissement, mais il faut avoir bien en tête nos propres intérêts avant de débuter la lecture d’un roman, surtout pour ceux qui comme moi n’oserait jamais abandonner la lecture d’un livre en cours de route, il est essentiel d’avoir répertorié les sujets qui nous tiennent à cœur.  Est-ce cruel de ma part de dire que j’ai perdu mon temps avec la lecture de roman ?  Il m’est impossible de dire le contraire puisqu’il aurait été plus précieux pour moi d’avoir lu un excellent ouvrage sur la guerre de sécession. Ce genre d’ouvrage, assurément, m’aurait plus appris sur le conflit en question que ce roman qui a pour sa seule défense su me donner l’intérêt d’en connaître plus sur cette époque tumultueuse.

Le musée de l’innocence – Orhan Pamuk

arton78796-480x334Masumiyet Müzesi, n’est-il pas plus adorable le titre de ce roman en turc? Lors de mon passage à Istanbul, lieu principal de ce roman et de la plupart des romans d’Orhan Pamuk, j’ai moi-même pu visiter qu’un seul musée ou deux.  Quatre jours ne sont pas suffisant pour seulement même vouloir commencer à visiter cette ville magnifique et exotique.  Ainsi, nous nous sommes éparpiller aux quatre coins d’un seul quartier (Süleymaniye) et fait quelques visites éclairs dans d’autres quartiers.

À mon souvenir, le musée d’archéologie d’Istanbul était d’un délire total, impossible d’y croire.  Vous comprendrez que le dernier étage contient tous les artéfacts retrouvés sur les lieux archéologiques de la ville de Troie. Ce qui n’est pas le plus fabuleux. Car les autres étages contiennent des tombeaux gigantesques, des statues provenant de l’antiquité, des milliers d’objets extirpé de l’histoire bouleversante de la Turquie.  Il y en avait de laissé à l’abandon dans la cours, tellement ils n’ont plus de place où les entassés.  Des colonnes provenant de je ne sais quelle autre ville antique enfoui dans le sol turque.  D’ailleurs, en Turquie, il ne suffit que d’un regard sous vos pieds pour comprendre qu’en y creusant avec une pelle vous tomberiez à coup sûr sur une statue quelconque. Des dizaines de civilisations s’y installèrent au fil des âges. La Turquie est à la croisée des chemins des plus anciennes civilisations.

Vous devez comprendre que le roman est en quelque sorte un éloge aux milliers de musées qui existent sur notre planète.  Ici, vous découvrirez l’histoire purement fictive et hypothétique de la naissance d’un musée à travers une incroyable histoire d’amour et de la douleur d’être solitaire. Orhan Pamuk est véritablement habile avec ces deux thèmes.  La solitude à travers notre amour pour un autre être.  Notre passion dévorante n’est elle que le seul fruit de notre désir ardent de fuir à tout prix cette insoutenable solitude ? La solitude est-elle absolue ? Justement, sa grande habileté est d’éviter soigneusement de répondre à ces questions. Plutôt, il offre au lecteur d’y répondre eux mêmes selon ce qu’ils ont perçu comme morale dans son histoire, évitant ainsi de se coller un rôle qu’il ne voudrait pas s’attribuer.

Il est primordial d’admettre que le talent de l’auteur atteint, avec ce livre, une nouvelle limite qui, pourrait-on se demander, sera-t-elle atteignable dans un futur ouvrage?  La trame est à ce point si bien ficelé que la grosseur, énorme, du roman n’est en aucun cas un défaut. Au contraire, les diverses longueurs servent de leurre à l’auteur et lui sont autant utile qu’une phrase hautement habile.  Rien de mieux qu’une belle longue tension pour exprimer clairement une émotion.

Orhan Pamuk est sans contredit un romantique extrémiste.  Cela transpire dans chacun de ses romans.  Le musée de l’innocence ne fait pas exception à cette affirmation.  Il expose à nouveau l’amour pathétique et sans bornes d’un protagoniste qui est emporté par le ras de marée des événements.  Sa petite vie ballotée par les flots déchaînés. Le plus amusant sont, sans doute, les divers concepts qu’il met en œuvre pour atteindre ses objectifs littéraires, dotant chaque ouvrage d’une âme propre. Ici, il utilise le thème du musée et de l’incorrigible cleptomanie d’un homme en mal d’amour, qui par ses menus larcins parviendra à obtenir une énorme quantité d’objet ayant un lien avec l’objet de son amour. Étrange comportement qui pourtant est très familier avec la nature humaine et les réactions que nous avons face à des événements hors de notre contrôle.

L’auteur ne s’est pourtant pas contenté d’un roman, il a même mis sur pied un véritable musée que l’on peut visiter à Istanbul. D’ailleurs, chaque copie du livre contient un ticket pour une entrée gratuite à ce musée.  Je n’aurais probablement jamais la chance de le visiter, ainsi je ne peux me permettre de discuter réellement de sa connectivité et de l’ajout que ceci apporte au roman, mais une chose me semble clair, Orhan Pamuk est réellement en amour avec sa cité et peut être, ressentait-il une certaine solitude vis à vis sa propre émotion et celles des autres habitants de cette incroyable ville? Assurément, il avait un réel besoin de le communiquer et de le transmettre avec d’autres êtres humains qui auraient une semblable affliction.

http://www.masumiyetmuzesi.org/?

Le Cimetière de Prague

pragueVoilà, essoufflé par la lecture de ce dernier roman, je puis finalement écrire mon article. L’écrivain du célèbre Le Nom de la Rose dévoile un roman d’une ampleur remarquable. La lecture en est particulièrement ardue, la lourdeur de son texte provient en partie de sa richesse historique. Ici, nous découvrons l’histoire de l’unification de l’Italie, la guerre Franco-Prusse, la commune de Paris, le canular de Léo Taxil et les dessous de l’affaire Dreyfuss. La deuxième moitié du 19e siècle nous est raconté à travers les tribulations d’un faussaire, espion, misogyne, misanthrope, maître du déguisement et assassin de surcroît. Le personnage est totalement détestable, aucun lien d’amitié ne pourrait naître entre lui et le lecteur. Il est désagréablement bien dessiné, ce qui le rend d’autant plus fascinant.

L’idée de départ est tout à fait géniale, l’homme se fait une thérapie par écriture pour recouvrer la mémoire, affreuse fut-elle, il doit remonter le temps pour se souvenir de son passé immédiat. Tout comme l’idée générale de faire visionner au lecteur la moitié d’un siècle sous les yeux d’un seul protagoniste. Ajouté à cela un dédoublement de personnalité et vous voilà servi d’une belle salade savoureuse de psychose. D’ailleurs, l’auteur ne s’arrête pas là! Umberto s’amuse avec la trame temporelle de son histoire, dont il se justifie à la fin du volume par un schéma et un texte hilarant pour aider le lecteur dubitatif. Les innombrables retours en arrière par deux individus qui ont perdu la mémoire rendent la narration particulièrement difficile à suivre. C’est tout sauf un roman de lecture passive.

Un jeu que le lecteur pourrait faire au cours de la lecture serait de différencier les personnages fictifs de ceux qui sont réels. Je compris à la moitié du livre que j’avais affaire à des personnages bien trop réels comme l’exige un roman d’une telle portée historique. Tous ceux-ci m’étaient complètement inconnus. Les heures que j’ai passées à lire des pages entières de Wikipédia me furent précieuses pour me situer dans le contexte historique. Pas qu’il soit absolument nécessaire de le faire, mais le texte porte à la curiosité du lecteur ce qui fait accroître le plaisir qu’il procure.

Je me rends compte, bien malheureusement, que je n’ai pas grand-chose à ajouter à propos de ce roman qui selon moi devrait effrayer certains lecteurs par sa lourdeur, mais qui pour d’autres, les amoureux de l’histoire, sera une véritable jouissance. Le poids de la recherche d’Umberto se fait sentir presque à toutes les pages de cet ouvrage. Si l’histoire peut laisser indifférente, le contexte historique plaira à coup sûr à tous ces avides d’événements historiques. J’ai particulièrement su apprécier l’un autant que l’autre. Évidemment, sinon je n’aurai pas choisi de lire ce roman.

Bonne lecture

Évangile selon Pilate

evangilepilateVers le mois d’avril de cette année, j’eus le besoin de m’investir dans un voyage de mysticisme. Cela fut selon moi déclenché par la lecture du roman de Boulgakov, dont j’avais apprécié particulièrement les passages de sa vision de Ponce Pilate. Aussi, je me suis presque laissé influencer jusqu’à faire un visionnement du très célèbre Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli. Mais, je ne l’ai pas fait. Non, je me suis plutôt tourné vers la lecture du roman de Éric-Emmanuel Schmitt.

Il est difficile pour moi de ne pas en faire une critique. Disons qu’il me faut immédiatement cesser de le comparer à d’autres ouvrages. L’auteur a donc décidé d’aborder un sujet plus que sérieux d’une manière toute simple. La vie du messie à travers les yeux d’un Jésus hésitant et l’enquête de Pilate sur la disparition du corps d’un supplicié qui devient de plus en plus gênante. Le texte est fortement simple, il nous conduit à travers l’histoire comme une main amicale sur notre dos. Il nous réconforte lorsque nous devrions être troublés.

La première portion, celle de Jésus, présente tout son intérêt dans le cheminement de la foi du messie. Ses hésitations, ses doutes, ses dilemmes, tout cela nous pouvons croire que Jésus les aient ressentis réellement. Éric-Emmanuel Schmitt se pose ainsi les questions, dont nous nous posons. Jésus était-il programmé comme une horloge ou bien son tracé était un continuel combat contre lui-même? Cela nous semble pourtant évident, même si la foi nous portait à croire le contraire.

La deuxième partie, celle de l’enquête, se veut une quête pour lever le voile sur le mysticisme entourant le personnage du messie. Ponce Pilate tente par plusieurs conclusions infructueuses de libérer sa femme de l’envoûtement de Jésus. L’auteur semble vouloir prouver le mysticisme en empruntant le chemin qui réduirait à néant tout raisonnement logique dont pourrait recourir le détective en nous. Le surnaturel est une toile de fond alors que la vérité crue est en gros plan. Chaque conclusion étant plus plausible que la précédente, détruite à son tour par un événement particulier qui conduit Pilate à trouver une autre explication logique.

La dernière tranche du livre, qui revêt plus d’une explication de l’auteur que d’une continuité dans le roman, fut pour moi le moment fort du roman. Véritablement une surprise, l’auteur rejoint un sujet qui me tient à coeur; le récit inachevé. Je ne voudrais en aucun cas gâcher la lecture de ce roman en mentionnant que l’auteur a perdu le premier manuscrit de son Évangile selon Pilate. Ainsi, ma conclusion sur l’inachèvement de David Gerrold est peut-être plus plausible que je pourrais le croire. Éric-Emmanuel Schmitt a donc affronté cette épreuve victorieusement en reprenant complètement l’écriture du texte. Je lui lève mon chapeau, ceci n’étant pas une mince affaire.